BERNARD PERROY

sa poésie, ses collaborations, ses liens...

 

 

             L’art, le signe chez Rachid Koraïchi

                                   Bernard Perroy


Rachid Koraïchi est un homme d’ouverture et de cœur dont la présence aux autres est d’une rare qualité malgré un emploi du temps chargé. Il vous reçoit dans son atelier avec un thé et quelques pâtisseries dont les douceurs rappellent son Algérie natale.

 

                                 
                               Dans son atelier - c R. Koraïchi

 

 

La danse du trait

Dès son enfance, Rachid Koraïchi fut fasciné par la danse du trait trouvé dans les manuscrits et les gravures de ses ancêtres. Il vient lui-même d’une famille soufie et fut élevé dans l’amour d’un riche patrimoine artistique et spirituel. Entre tradition et innovation, son art est enraciné dans sa culture et profondément contemporaine. Si le style en est tout de suite reconnaissable, l’artiste se caractérise par une certaine sobriété et discrétion.

 

Nulle part dans ses œuvres, Rachid Koraïchi ne se met en avant. Il se retire derrière son œuvre qui vient traduire les multiples dimensions de la vie. Bien plus que de simples « dessins » figuratifs, il s’agit plutôt chez Koraïchi d’une « écriture ». « L’écriture, c’est la vie », nous dit-il. Même s’il puise dans le fonds de la culture arabe et de la calligraphie, Koraïchi sort des sentiers battus et ne se définit pas comme un calligraphe. Sa « graphie », il la « pose » à l’encre sur le papier, mais également sur des supports variés qui font intervenir de nombreux artisans.

 

 
Dans son atelier - c Dominique Lefevre

 

Graphie et mots

Rachid Koraïchi intervient souvent pour rendre hommage aux écrivains qu’il aime. Les graphies et les textes se complètent et s’interpellent alors d’une façon étonnante pour aboutir à de véritables livres d’art. Il n’illustre pas les écrits ou les poèmes, il les « interprète ». À leur écoute, il « cherche à rendre compte de l’élan intime qui inspira le texte ».

Il a « interprété » un nombre impressionnant de textes de poètes contemporains (notamment aux éditions Al Manar) reconnus tant en France que dans tout le bassin méditerranéen. « La Méditerranée ne nous sépare pas, elle nous réunit », nous dit cet homme généreux. Il a produit toute une œuvre autour de plusieurs figures de la tradition soufie, mouvement mystique de l’islam auquel il se réfère. « La Miroir infini » (aux éditions Alternatives) en est un bel exemple, autour des textes mystiques de Rûmî, poète et philosophe soufi du XIIIe siècle. Huit siècles plus tard, la poésie de Rûmî et les graphies de Koraïchi plaident vigoureusement contre la réduction de l’islam à l’islamisme. Le livre tourne autour de sept thèmes : la tolérance, la Création, le miroir, la poésie, la danse, la musique et l’amour, comme sept voies d’accès à un seul et même univers…

 

 

 

Signes et symboles

L’oeuvre de Koraïchi rend compte d’une harmonie et d’une transcendance… « Pour que notre vie soit digne d’être vécue ou pour ne pas périr, il nous faut la beauté salvatrice d’une transcendance se penchant sur nous » nous dit-il.

L’or et le bleu reviennent souvent dans l’œuvre de Koraïchi, travaillée sur de multiples supports : tissage, céramique, cuivre, sculpture, gravure, lithographie, parchemin, soie… Quel que soit le support, la beauté et la puissance de l’œuvre sont telles que le trait semble l’oublier, va au-delà de la matière, vit son existence et danse et respire…

 

 
"Dans la clarté de la mer"  - c R. Koraïchi

 

 

Pour Koraïchi, le bleu est « chemin de l’infini, couleur qui exprime le détachement des valeurs de ce monde ». Les fonds bleus évoquent aussi les voûtes du ciel décrites par Rûmî et le célèbre Coran bleu exposé dans le musée de Kairouan (Tunisie). Le chiffre 7 est récurrent chez lui, chiffre de la perfection qui doit d’abord être celle de l’amour.

Parmi les nombreux symboles utilisés par Koraïchi, le cyprès indique une ascension vers le haut, une montée vers le spirituel ; le cercle symbolise généralement le ciel et le monde spirituel ; la barque est le symbole du voyage et de la traversée de l’existence ; le croissant de lune associé à une étoile représente le paradis ; la spirale symbolise la dynamique de la vie, le mouvement des âmes ; l’étoile guide la marin ou le nomade, etc.

 

 

 
Sur une évocation de Rûmi - c R. Koraïchi
 

 

 

Paix et de dialogue

Bien au-delà de son art, toute la vie de Koraïchi s’exerce à être une œuvre de paix et de dialogue. Ses collaborations sont multiples avec des écrivains et poètes de toutes cultures et confessions religieuses : René Char, Michel Butor, Sylvie Germain, Nancy Huston, Bernard Perroy, Mohamed Dib, Salah Stétié, Mahmoud Darwich, Kateb Yacine, une anthologie de poésie algérienne, Etc.

La mort des 7 moines de Tibhirine l'a beaucoup marqué, comme toute les manifestations de violence ou d'intolérance. Il fait le parallèle entre cet épisode dramatique et le conte populaire arabe des “7 dormants d'Ephèse” qui évoque une “mise à part” de la vie quotidienne et le mystère d'un sommeil e qui débouche sur une résurrection… C'est pourquoi, parmi son oeuvre immense et multiple, Koraïchi a consacré un ouvrage monumental leur rendant hommage : il rassemble 7 auteurs d'horizons culturels et religieux très divers (Nancy Huston, Michel Butor, Sylvie Germain, Hélène Cixous, Alberto Manguel, Laïla Sebbar, John Berger). Chacun s'est vu la tâche d'écrire à sa façon sur l'un des 7 moines de Tibhirine. Le tout est magnifiquement illustré par Rachid Koraïchi (“Les Sept Dormants” est édité chez Actes Sud, ).  Ces 7 coffrets d’art ont été présentés pour la première fois le 30 décembre 2003 à l’abbaye d’Aiguebelle : oeuvre remarquable par sa qualité et son esprit d’œcuménisme…

 

 
Serge Nouailhat (maître verrier) et R. Koraïchi autour d'une oeuvre commune

 

Un travail à trois (avec Akeji, calligraphe japonais et Hasquin, peintre chrétien) fut exposé à l’UNESCO en Février 2005, et l’on pourrait ainsi multiplier les exemples… Cet homme se plaît à répéter que ce qui n’est pas offert est perdu et qu’un sourire suffit à redonner espoir…

 

 
Bd Perroy et R. Koraïchi - c Dominique Lefevre

 

Notice biographique

Né en 1947 à Aïn Beïda (Algérie), il vit aujourd’hui à Paris. Diplômé des Beaux-Arts d’Alger, des Arts Décoratifs et des Beaux-Arts de Paris et de l’Institut d’Urbanisme de l’Académie de Paris, il expose depuis 1970 dans le monde entier : Europe, Afrique, U.S.A., Moyen-Orient…

Bernard Perroy et Rachid Koraïchi se sont rencontrés dans le site cistercien de l'Abbaye Blanche (en Normandie), lieu d'art, de prière et d'unité. Rachid Koraïchi collabore à la vie du lieu tout en y exposant régulièrement. Deux ouvrages résultent de l'amitié entre les deux artistes : “Coeur à coeur” (2006) et “Une gorgée d'azur” (2011), tous les deux édités aux éditions Al Manar.

 

*

(nombreuses collaborations avec écrivains et poètes

aux éditions Al Manar dirigées par Alain Gorius)

96 bd Maurice Barrès, 92200 Neuilly

www.editmanar.com  / editmanar@free.fr

 

 

 

 




 
 
Créé avec Créer un site
Créer un site gratuitement