BERNARD PERROY

sa poésie, ses collaborations, ses liens...

 

« De chair et de mots »,
l'écriture de Michel Baglin

 
 
article de Bernard Perroy,  paru dans "Les Cahiers de la rue Ventura", n°18, déc. 2012
 

Michel Baglin nous offre une anthologie personnelle dont le titre, "De chair et de mots" *, récapitule à merveille son parcours et pourrait constituer sa devise !


Un arpenteur de la vie

Le poète est habité par une « ferveur d’écriture » marquée par l’intime conviction que la vie, avec ses paradoxes, vaut la peine d’être vécue. Devant elle, nous sommes souvent « les mains nues » (1) et même bouleversés par cet « obscur vertige des vivants » (2) : tout est sujet d’émerveillement, de l’infiniment grand à l’infiniment petit… Vivre, écrire, c’est tout un pour Michel Baglin, c’est « être là », c’est « s’offrir, dans sa quête, le présent. » Chez lui, on ne butte pas devant un mur de souffrance, de nihilisme ou de narcissisme. Loin également d’un optimisme béat, son écriture s’arrête et s’interroge sur ce que le réel nous offre : « Le réel ne condamne pas la poésie. Il l’appelle, comme le vent la voile lui donnant force, le savant la formule qui creuse l’infini, notre mémoire des coquillages pour désirer la mer vivante. » Michel Baglin est un « marcheur » (3), un arpenteur de la vie ! Les rues, les quais de gare, les paysages, les conversasions, les grands espaces du silence… tout est là pour cueillir l’instant d’un regard à la fois chargé de tendresse etde lucidité.

 
Entre nuance et passion

Se dépouiller des certitudes tout en gardant la flamme ! Il s’agit de « rallumer des mots éteints par l’habitude », de « raviver sa soif pour lui donner à boire » ou « d’apprendre à s’arrêter pour reconnaître l’aire du cœur dans l’écho d’autres pas. » Michel Baglin confie : « J’ai beaucoup désappris (…) Il reste aujourd’hui où l’on est toujours étranger au soi-même d’hier. » Le poète se méfie de l’effet et se laisse désapproprier de toute emphase, averti des pièges et des illusions que nous tendent la vie et les mots, mais « nuancés avec les ans, les mots sont toujours là, infusés dans nos regards. » On s’aperçoit ici que la nuance n’enlève rien à la passion !, dont
celle de retranscrire par les mots ce que captent les yeux du corps et du cœur… Pour preuve les textes magnifiques extraits des « Chants du regard » (4).
 

Du  particulier à l'universel

Cette écriture « de chair » tirée de l’expérience est marquée par une rare authenticité et une humanité qui ne peuvent que nous rejoindre au cœur. On suppose aussi le nombre d’heures et de ratures nécessaires pour arriver à cette fluidité, à cette exemplaire simplicité affinée par l’expérience et le temps. Cette limpidité ne fait pas de bruit. Si l’œuvre de Michel Baglin est (re)connue des cercles de la poésie, elle gagnerait à l’être davantage du « grand » public, tant elle touche à la fois à l’insaisissable et aux “invariants”, aux paradoxales “constantes” de la vie, à l’être humain dans sa merveille et sa précarité.
 
Bernard Perroy
* éd. Castor Astral 2012

(1) « Les Mains nues », Prix Max-Pol Fouchet, préface de Jérôme Garcin, L’Âge d’homme, 1988
(2) « L’obscur vertige des vivants », Le Dé bleu, 1994
(3) « Le Marcheur », L’Arbre, 1981
(4) « Les Chants du regard », poème sur 40 photographies de Jean Dieuzaide, Privat, 2006
 
 
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