BERNARD PERROY

sa poésie, ses collaborations, ses liens...

 

La part belle du feu

Bernard Perroy - pour Les Cahiers du Sens n°25 - 2015

 

 

Pour vivre mieux

Ce feu tapis dans nos cœurs, le feu de la vie, le feu du désir, le feu de l'amour… « Avoir le feu sacré », c'est être passionné ! Et si, pour reprendre le titre d'un livre plein de ferveur, un beau parcours poétique écrit à deux par Zéno Bianu et André Velter, et si donc la vie, ce n'est pas « Prendre feu » (1), alors tout serait bien vide, bien morne, bien triste…

 

Ce feu habite la nuit des temps, depuis la formation des astres jusqu'à ce premier feu provoqué de main d'homme par le frottement de deux silex. Ce feu qui flamboie dans la nuit, torche allumée, flambeau, lumière pour éclairer nos pas, instrument de cuisson pour nos aliments, ou de protection contre les loups et les bêtes sauvages. C'est un « foyer » qui réchauffe, autour duquel se rassemble la tribu, la famille… Combien de contes et de veillées se sont passés autour d'un bon feu. Ce feu qui sécurise. Paul Eluard (2) écrivait :

 

Je fis un feu, l'azur m'ayant abandonné,

Un feu pour être son ami,

Un feu pour m'introduire dans la nuit d'hiver,

Un feu pour vivre mieux.

 

Devant un feu de cheminée, on ne s'ennuie jamais à contempler les mouvements insaisissables des flammes autour des bûches, toutes les nuances d'ocres, de jaunes, de rouges, et la transformation de la matière d'abord sombre, puis incandescente, et la bûche qui s'écroule, et le crépitement des flamme, le « ronron » ou le sifflement ou le craquement du bois, etc. Et si la flamme n'est pas entretenue, tout lentement tombe inéluctablement en cendres…

 

 

Vive flamme

Nous qui sommes ces « poussières d'étoiles » (3), nous portons ces forces, ce feu originel, cette puissance de vie aussi insaisissable que la flamme ! Et le parallèle est évidemment facile entre la flamme, le feu-matière, dont nous sommes pétris, et la flamme de l'âme, du cœur, de l'amour... Ne dit-on pas d'un homme amoureux, dans l'amour courtois, qu'il « déclare sa flamme » à sa Dame ?! Et dans l'amour mystique, il en est de même, la flamme est bien présente ! Pensons au magnifique et profond poème de saint Jean de la Croix : « Vive flamme d'amour » :

 

O flamme d’amour vive

Qui tendrement me blesses

Au centre le plus profond de mon âme,

(…) ô délicat toucher

Qui a goût d'éternel.

 

Nous nous apercevons progressivement, à la faveur de nos propos, combien ce feu qui pouvait « sécuriser » et protéger, peut aussi devenir ce feu qui « blesse ». Il peut devenir ce « feu dévorant », devenir un incendie de forêt incontrôlable, un incendie d'amour ou de passion… Il détruit tout sur son passage, il ravage, il fait des dégâts, il traumatise… L'amour-passion est tant et toujours conté parmi romans, poèmes et chansons… L'Amour divin s'en apparente, mais ce qu'il détruit sur son passage, c'est tout ce qui en nous n'est pas de l'amour… Saint Jean de la Croix parle d'une « brûlure » et en même temps d'un « feu qui illumine » par ses « torches de lumière ».

 

 

Soleil au cœur

Oui, nous sommes chacun ces « buissons ardents » qu'un feu éclaire de l'intérieur sans le consumer, aiguisant notre soif d'absolu… Nous sommes peut-être comme Icare, avec nos ailes de cire qui fondent au contact du soleil… Et tant mieux ! Ces ailes ne sont pas de vraies ailes : ailes de cire donc illusions, orgueil, naïveté ou témérité, etc. Mais si l'astre nous attire, c'est que nous sommes tous faits pour le feu, pour le soleil, pour la lumière ! Nous sommes tous ces « Porteurs de feu » selon le titre d'un des premiers essais de Salah Stétié (4). Ce feu intérieur, s'il attise notre soif, aiguise notre regard, purifie notre cœur, sculpte aussi en chacun de nous un véritable chef-d’œuvre ! Notre vie, entre joie et souffrance, entre « foyer bienfaisant » et « feu dévorant », n'est-elle pas une merveilleuse et belle aventure quand ce « soleil au cœur », selon les mots d'Andrée Chédid (5), nous vivifie, nous anime, nous bonifie et nous féconde ?

 

Soleil au cœur

Tu es ce cœur fertile

À la flamme

Tenace

Miroir du soleil

Au feu

Jamais consumé.

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(1) « Prendre feu », Zéno Bianu et André Velter, Gallimard, 2013

(2) « Le Livre Ouvert », Gallimard.

(3) titre du livre de l'astro-physicien Hubert Reeves, Le Seuil, 1984

(4) « Les Porteurs de feu », Gallimard, 1972, Prix de l'amitié franco-arabe

(5) Andrée Chédid, « Rythmes », Gallimard, 2002

 

Bernard PERROY




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